• Saint-Aubin-sur-Gaillon ou la solidarité trahie

     

     

    Saint-Aubin-sur-Gaillon ou la solidarité trahie

     

    (En gras : l’essentiel. En caractères normaux les précisions).

     

     

    Le fait :

     

    La commune de Saint-Aubin-sur-Gaillon a bénéficié de la solidarité de la Communauté de Communes Eure Madrie Seine (CCEMS) dont elle faisait partie, pour développer sa zone d’activité proche de l’A13.

     

    Il s’agit de 10 millions d’euros sur 14 ans que les contribuables de la CCEMS ont donc payé, donné pour Saint-Aubin. Ainsi s’exprime l’expression concrète de la solidarité qui s’exerce entre les membres d’un même espace géographique, d’une même communauté de communes, et pour que tous en bénéficient.

     

    Ayant reçu les fruits de cette solidarité, la commune de Saint-Aubin-sur-Gaillon a décidé le 19/6/2017 de sortir de la CCEMS qui lui avait apporté tant pour se diriger vers la communauté d’agglomérations SNA (Seine Normandie Agglomération) qui ne lui avait rien donné, partant sans demander son reste avec l’argent de la solidarité qu’elle avait reçue (décision temporairement annulée par l’arrêt du Conseil d’État en date du 4/4/2018).

     

      

    La morale.

     

    De cette triste affaire se dessine plusieurs conséquences morales, qui, ne vous y trompez pas, sont révélatrices de processus sociaux en cours, et qui ont des conséquences affreusement concrètes sur la vie de tous. En effet la morale de cette histoire se décline en au moins deux volets :  l’humain, le social.

     

    Sur le plan humain :

     

    Que s’est-il passé dans la tête des élus de Saint-Aubin pour prendre une telle décision, si choquante au niveau humain car elle montre une absence totale de reconnaissance, de respect pour l’autre, mais aussi d’image de soi ?

     

    Car quelle image est donnée des élus et des électeurs de Saint-Aubin vis-à-vis de tous leurs partenaires et vis-à-vis même de la nation auprès de laquelle ils donnent un si triste exemple ? Quelle misère humaine : recevoir l’argent de la solidarité et ensuite partir comme un chapardeur ! Est-ce de cette image-là que veulent les habitants de Saint-Aubin ?

     

    De suite, cherchant à comprendre l'apparemment absurde, l’esprit échafaude des théories. Y aurait-il eu quelques corruptions, au moins symboliques, qui puissent expliquer telle hérésie ? Quelque chose cachée aux yeux du monde social qui puisse donner un sens à ce qui en semble dépourvu ? qui justifie l’abjection, la lâcheté, la grivèlerie politique ?

     

    Les conséquences humaines ne s’arrêtent pas là. Que penser du sentiment de ceux qui ont donné, et qui se voient spoliés de leurs générosités ? Comment ne pas penser que ceux-là vont être affectés durablement dans leurs perceptions des autres en général et de leurs voisins en particuliers, ceux de la commune de Saint-Aubin ? Les relations en seront nécessairement altérées. La méfiance vis-à-vis de l’autre et au-delà même vis-à-vis de son prochain va croître chez les victimes d’une telle « grivèlerie ». Des idées telles que « l’homme est un loup pour l’homme », « c’est chacun pour soi » vont trouver là une fausse justification, (car elles feront oublier que l’être humain ce n’est pas que cela : l’être humain c’est aussi de la bienveillance, de la compréhension, de l’entraide).  Les comportements en seront donc altérés : puisque c’est « chacun pour sa peau », alors pourquoi ne pas tirer la couverture à soi, jouer des coudes plutôt que se les serrer ?

     

    Ainsi, c’est en attisant les méfiances, les rancœurs, les haines, que l’on tue petit à petit l’humanité et les solidarités qui l’unissent, et la décision de Saint-Aubin de rejoindre la SNA participe bien de ce mouvement : un délitement du lien d’humanité qui nous unit, ce lien qui s’appelle « solidarité ».

     

    Sur le plan social.

    Car effectivement à travers de telles forfaitures, c’est bien le sens de la société qui est atteint, cette société qui est là pour nous protéger, pour nous permettre de nous épanouir, pour vivre et nous accomplir dans la vie sur le mode de la justice et de l’effort récompensé. Une société où l’on peut « être » plutôt qu’une société où l’on se fait « avoir ».

     

    Or une société qui est atteinte dans sa fonction première de protection des individus c’est une société qui penche vers sa propre destruction, vers la destruction des biens et des gens. On en voit les symptômes quotidiens : décrédibilisation des institutions politiques, journalistiques, juridiques, sanitaires... Toutes sont aujourd’hui contestées, et contestées de façon de plus en plus violente, dans leurs fonctionnements même parce qu’elles sont devenues inefficaces à nous assurer un avenir paisible.  Le sujet est donc primordial, essentiel, et de tels actes que celui qu’a commis la commune de Saint-Aubin sont de ceux qui poussent la société toute entière vers cette implosion violente, fruit des passions, qu’est le chaos.

     

    Que l’on ne s’y trompe pas, le sujet est là encore celui de la solidarité. Car la société n’est qu’un tissu de solidarités institutionnalisées. Détruire les solidarités, c’est détruire la société, c’est rendre chacun plus exposé aux aléas. C’est rendre chacun plus fragile dans sa vie même : la justice sera-t-elle assurée faute de moyen ? Et la santé ? Nos enfants bénéficieront-ils d’un enseignement apte à assurer leur vie et les retraites de leurs ainés ? Pourrons-nous dormir au sein de nos foyers sans crainte si la police est partout débordée ? Les entreprises pourront-t-elles avoir de la main-d’œuvre si les transports publics ne fonctionnent plus ? Pourront-elles livrer leurs biens si les routes ne sont plus praticables ? Au niveau de la commune de Saint-Aubin la question se pose quant à l’accès aux équipements sportifs, culturels, crèches, etc. de ses habitants.

     

    Tous les jours nous voyons ces solidarités institutionnalisées érodées non seulement au niveau de la commune comme dans le cas de Saint-Aubin, mais même au plus haut niveau de l’Etat.  Ainsi, dans la majorité des cas où les services publics ont été remplacés par des prestataires privés les coûts ont augmenté. La disparition des services publics c’est donc l’appauvrissement des entreprises, c’est l’appauvrissement de tous. C’est une société qui va droit dans le mur.

     

    Bien sûr dans ce tissu de solidarités institutionnalisées, certaines sont forcées (comme les impôts, la justice…) et d’autres sont tacites, presque transparentes, mais non moins bien réelles. Elles n’apparaissent que ponctuellement lorsqu’elles sont brisées, comme dans le cas qui nous préoccupe. Cela met en avant les carences de l’Etat dans la sécurisation de ces solidarités et la consolidation de la société. Ce retrait progressif des prérogatives régaliennes n’augure rien de bon en ce qui concerne la préservation d’une société, patrimoine de tous. Le détricotage des solidarités nous repousse toujours un peu plus vers le chaos social, vers la loi du plus fort, annihilant des siècles de conquêtes sociales, de progrès de l’humain sur l’homme, mettant à mal le contrat social qui fait reposer la liberté sur l’égalité, et l’égalité sur cette solidarité mutuelle qui reconnaît en l’autre un alter égo, en tout point comme soi (voir P. Ricoeur).

     

    Or la loi du plus fort, c’est le contraire de la démocratie, qui est la loi du plus grand nombre. Le détricotage des solidarités institutionnalisées nous pousse donc, petit-à-petit, vers la mort de la démocratie, vers la mort d’un système économique libre, et cela risque de déboucher sur la captation des richesses par une minorité violente, un clientélisme généralisé, la corruption partout. En se promouvant comme valeur suprême des relations entre acteurs sociaux le néolibéralisme avance en chantant vers ce précipice qu’il creuse lui-même.

     

    Il nous appartient d’agir pour préserver une société qui est notre bien commun et dont nous dépendons entièrement tant pour notre survie que pour notre épanouissement personnel.

     

     

    L’action.

     

    En la matière il n’y a de fatalité que celle que nous créons. Il convient d’agir pour protéger notre société, et l’inactivité revient à participer à son démembrement.

     

    Mais comment se mobiliser ? La forme la plus extrême mais la plus efficace est le boycott.  Il signifie à ceux qui se sont exclus du système de la solidarité qu’ils ne peuvent plus en profiter. Car ce serait un monde qu’ayant capté l’argent des solidarités, les auteurs de telles forfaitures bénéficient ensuite et quand même de l’argent des consommateurs-citoyens (autre solidarité tacite, soit dit en passant) !

     

    Plus une telle mobilisation sera grande, si elle voit le jour, plus la solidarité dont Saint-Aubin s’est exclue ressortira grandie, plus son importance apparaîtra comme l’évidence d’un bien commun, et plus les acteurs, au lieu de la piétiner, en prendront soin.  Parce que le sujet fondamental est bien celui de conserver et d’entretenir une société qui nous protège et dans laquelle nous vivons, plutôt que de la détruire.

     

    La mobilisation ce peut être aussi celle des acteurs économiques et des citoyens de Saint-Aubin qui peuvent se manifester auprès de leurs élus pour leur signifier leur désapprobation, et rendre leur action visible au public, afin de réintégrer l’espace social des solidarités.

     

     

    A travers ce malheureux évènement c’est l’importance fondamentale de la solidarité, qui apparaît comme un liant, comme l’essence même de notre société. S’en occuper c’est s’occuper de notre environnement social, c’est s’occuper de nous, de notre prochain, de ceux qu’on aime, de notre avenir.

     

     

    La responsabilité de chacun de nous, c’est l’action.

     

     

    Stéphane Godin

     


  • Commentaires

    1
    Vivi
    Samedi 28 Avril à 16:44

    Ha .....je comprends un peu mieux ton article au dessus... kissous

      • Samedi 28 Avril à 18:48

        Oui, cet article génère le second. Bizzzz !

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